Névrite vestibulaire :
le grand vertige de l’oreille interne
Un vertige rotatoire violent qui s'installe brutalement et ne s'arrête plus pendant des heures, voire des jours, avec des nausées intenses : la névrite vestibulaire est une expérience très éprouvante. Elle n'affecte pas l'audition et évolue le plus souvent vers la guérison. Encore faut-il l'identifier correctement et écarter ce qui pourrait être plus grave.
Qu'est-ce que la névrite vestibulaire ?
La névrite vestibulaire (ou neuronite vestibulaire) est une inflammation du nerf vestibulaire, le nerf de l'équilibre qui relie l'oreille interne au cerveau. Elle est probablement d'origine virale dans la plupart des cas. Le nerf, enflammé, envoie de fausses informations : le cerveau croit à un mouvement permanent, d'où le vertige rotatoire intense.
Point essentiel : la névrite touche uniquement l'équilibre, pas l'audition. Lorsqu'une baisse d'audition accompagne le vertige, on parle plutôt de labyrinthite, et la prise en charge diffère.
Les symptômes
- un grand vertige rotatoire, d'installation brutale ;
- continu et durable, il persiste plusieurs heures à plusieurs jours, contrairement au vertige positionnel qui ne dure que quelques secondes ;
- des nausées et vomissements souvent marqués ;
- une instabilité importante à la marche, une tendance à dévier d'un côté ;
- sans baisse d'audition, sans acouphène : c'est le signe distinctif.
Comment la distinguer des autres vertiges ?
Trois repères simples aident à situer le vertige :
- Vertige positionnel (VPPB) : bref (secondes), déclenché par un mouvement de tête. Voir cristaux dans l'oreille.
- Maladie de Ménière : crises de 20 min à quelques heures, avec baisse d'audition et acouphènes. Voir maladie de Ménière.
- Névrite vestibulaire : vertige unique, prolongé (heures-jours), sans symptôme auditif.
Le signal d'alerte à ne jamais négliger
Certains signes doivent faire consulter en urgence, car un vertige peut, rarement, être d'origine neurologique (accident vasculaire) : maux de tête violents et inhabituels, vision double, troubles de la parole, faiblesse ou engourdissement d'un côté du corps, difficulté à marcher hors de proportion avec le vertige. Dans ces cas, on appelle le 15 sans attendre.
Le diagnostic
Le diagnostic est clinique, posé par un médecin ou un ORL grâce à un examen de l'équilibre et des mouvements des yeux (dont l'examen dit « HINTS », qui aide à distinguer une cause périphérique bénigne d'une cause centrale à explorer). Des examens complémentaires ne sont demandés qu'en cas de doute ou de signe d'alerte.
Les traitements
En phase aiguë
Le traitement vise d'abord à soulager : médicaments contre le vertige et les nausées, sur une courte durée seulement, car les prolonger freine la récupération. Une corticothérapie peut être proposée par le médecin : l'essai de référence de Strupp et coll. (NEJM 2004) a montré que la méthylprednisolone améliore la récupération de la fonction vestibulaire, alors qu'un antiviral seul n'apporte pas de bénéfice.
La rééducation vestibulaire, la clé de la récupération
C'est le pilier du traitement. Dès que possible, il faut se remobiliser plutôt que rester alité : le mouvement stimule la compensation vestibulaire, ce mécanisme par lequel le cerveau apprend à se passer de l'oreille défaillante. Une rééducation vestibulaire, menée par un kinésithérapeute spécialisé, accélère nettement ce processus et réduit l'instabilité résiduelle.
Comment ça évolue ?
Le pronostic est généralement favorable. Le grand vertige initial cède en quelques jours ; une instabilité et une gêne aux mouvements rapides peuvent persister quelques semaines, le temps que la compensation s'installe. La rééducation raccourcit cette période. Les récidives sont rares.
Et l'audition dans tout cela ?
Par définition, la névrite vestibulaire n'altère pas l'audition. Si des symptômes auditifs apparaissent (baisse d'audition, acouphènes, oreille bouchée), le diagnostic doit être reconsidéré : il faut consulter, et un bilan auditif aide alors à orienter. En tant qu'audioprothésistes, nous n'effectuons pas la rééducation vestibulaire, c'est un acte médical et de kinésithérapie, mais nous évaluons le versant auditif chaque fois qu'un doute existe.
Le grand vertige initial dure généralement de quelques heures à quelques jours. Une instabilité peut ensuite persister deux à trois semaines, le temps que le cerveau compense. La rééducation vestibulaire accélère cette récupération.
Non : elle touche uniquement le nerf de l'équilibre, pas l'audition. Si une baisse d'audition accompagne le vertige, il s'agit d'autre chose (labyrinthite, maladie de Ménière…) et il faut consulter pour préciser le diagnostic.
Le moins possible. Passé le pic aigu, il faut se remobiliser rapidement : l'immobilité prolongée et les médicaments anti-vertige au long cours freinent la compensation. Bouger, sous l'égide d'une rééducation, est le meilleur traitement.
En cas de maux de tête violents inhabituels, de vision double, de troubles de la parole, de faiblesse d'un côté du corps ou d'une difficulté à marcher disproportionnée. Ces signes peuvent évoquer une cause neurologique : appelez le 15.
Les récidives sont rares. Des vertiges qui reviennent régulièrement orientent plutôt vers un autre diagnostic (VPPB, Ménière), qu'un ORL saura préciser.
Sources : Strupp M et al. Methylprednisolone, valacyclovir, or the combination for vestibular neuritis, New England Journal of Medicine 2004;351:354-361. Strupp M, Brandt T. Vestibular disorders: diagnosis, new classification and treatment. Information à visée pédagogique, ne remplaçant pas un avis médical.
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